Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Je suis assistante ingénieure et responsable SBEA (Structure chargée du Bien-Être Animal), ainsi que membre d’un comité d’éthique. Je co-pilote également le groupe « Éthique et bien-être » et je suis membre du groupe « Transgénèse » de l’infrastructure nationale de recherche Celphedia.
Avec plus de 24 ans d’expérience dans le domaine de l’expérimentation animale, j’ai débuté comme emploi jeune à la faculté de médecine de Rouen. J’ai ensuite réussi les concours externes du CNRS et exercé en tant que technicienne en élevage au sein de l’Unité d’Appui et de Recherche Typage et Archivage d'Animaux Modèles d’Orléans (UAR TAAM), puis à la station de primatologie de Rousset.
Depuis 2017, j’exerce en tant que technicienne puis assistante ingénieure au sein de l’Unité d’Appui et de Recherche hTAG de Grenoble.
Engagée de longue date en faveur du bien-être animal auprès de diverses espèces, je tiens à remercier l’ensemble des structures et responsables d’animalerie qui m’ont permis de découvrir la richesse et la diversité de ce domaine et de cultiver cette passion.
Parlez-nous des 3R et de la culture du soin au quotidien dans votre laboratoire ?
Depuis que je suis responsable SBEA en 2022, j’ai initié et accompagné de nombreux changements de pratiques et de mentalités pour promouvoir une approche plus respectueuse du bien-être animal.
Parmi ces évolutions, on peut citer :
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le remplacement de la prise des animaux à la pince par des méthodes plus respectueuses telles que le « cupping », l’utilisation de tunnels ou, lorsque nécessaire, la prise par la peau du cou ;
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l’abandon de la phalangectomie au profit du tatouage des phalanges pour l’identification des animaux;
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la mise en place de formations, y compris en dehors de mon établissement, afin de diffuser ces bonnes pratiques.
J’ai aussi introduit de nouvelles méthodes et enrichissements, notamment : la contention à trois doigts, la mise en place de « cours de récréation » pour les rats, le développement et la structuration de la pratique du tickling.
Pour la contention, des études ont montrés que la contention à deux doigts, cela a tendance à créer un pli cutané longitudinal qui peut tendre la peau au niveau de la gorge et de la trachée, provoquant ainsi du stress chez l’animal, des bradyarythmies sévères qui ont persisté 4 minutes après la libération des souris. Nous avons suivi les recommandations de Norecopa en utilisant une contention à trois doigts, et mis en place cette technique dans toutes les zones de l’animalerie.

Pour la cour de récréation et le tickling des rats, les animaux sont placés dans un isolateur de transfert contenant différents éléments à découvrir, explorer (tube, maisons, grille, frisure, cage remplie d'eau). Après quelques minutes, le zootechnicien commence aussi quelques mouvements d’interaction avec les animaux en utilisant ses mains, puis procède à un « tickling » (chatouillement). La technique comprend trois éléments principaux, un « contact dorsal » sur le cou du rat et une « épingle » sur le ventre du rat puis des « chatouillements ». Nous alternons 15 secondes de contact de la main et 15 sec de sortie de contact pour un total de 2 minutes (méthode Panksepp).

Mon engagement est constant : je réfléchis en permanence à de nouvelles pistes pour améliorer l’application des 3R, renforcer le bien-être animal et faire évoluer les enrichissements et les pratiques au sein des équipes.
Comment partagez-vous ces avancées avec la communauté scientifique ?
Je suis intervenue, avec le vétérinaire référent de notre structure, M. Bertrand Favier, auprès d’étudiants en médecine afin de leur présenter les bonnes pratiques en expérimentation animale.
En 2024, j’ai formé plusieurs équipes au tatouage dans différentes animaleries grenobloises, puis j’ai réalisé une présentation sur les méthodes de manipulation des rongeurs dans le cadre de la formation niveau Concepteur.
De nature plutôt réservée, j’ai néanmoins à cœur de faire évoluer les mentalités. C’est dans cette optique que je me suis engagée dans l’aventure du groupe de travail Celphedia, qui m’a permis de rencontrer d’autres professionnels motivés et désireux d’échanger autour de techniques innovantes.
Toujours en 2025, j’ai présenté la méthode du « Tickling » lors du colloque AFSTAL. Souhaitant poursuivre cette dynamique, je m’investis pleinement au sein de mon groupe de travail éthique et bien-être animal. Nous avons répondu à un appel d’offres et obtenu le soutien de Celphedia pour le projet Tickling.
Je suis actuellement en attente des résultats de l’appel d’offres Raffinement du FC3R pour lequel j’ai déposé un projet.
Pour 2026, j’ai été sollicitée pour rédiger un article dans la revue scientifique STAL. Je prévois également de proposer une communication courte pour l’AFSTAL 2026, et j’ai été invitée à présenter mes travaux lors du colloque du Groupement des Animaleries de Grenoble.
Mon objectif est avant tout de diffuser ces techniques à l’échelle nationale et de laisser, auprès des personnes que j’ai rencontrées, une empreinte durable au service du bien-être animal. Les retours positifs que je reçois sont une véritable source de motivation et de satisfaction.
Que représente pour vous ce Prix 3R Culture du soin ?
L’obtention de ce prix est avant tout une reconnaissance forte de mon engagement quotidien en faveur du bien-être animal et de la culture du soin, un travail qui reste encore trop souvent peu visible et insuffisamment valorisé malgré l’implication constante qu’il exige.
Depuis plusieurs années, je ne me lasse pas de réfléchir à des améliorations concrètes, menées au plus près du terrain, afin de faire évoluer les pratiques et les mentalités. Cette dynamique d’amélioration continue est profondément ancrée en moi.
Ancienne compétitrice de haut niveau, j’ai développé une rigueur et une force mentale qui m’ont toujours accompagnée et qui me poussent encore aujourd’hui à donner le meilleur de moi-même pour atteindre mes objectifs, notamment en ce qui concerne l’évolution des pratiques professionnelles et la diffusion d’une culture du soin exigeante et respectueuse.
Je suis profondément passionnée par mon métier, par le comportement animal et plus particulièrement par les primates non humains. Je remercie sincèrement les responsables et collègues qui m’ont accompagnée et soutenue tout au long de ce parcours, tout en restant animée par cette passion et cette volonté constante de progresser et de transmettre.
