Opal Short Notes challenge
L'Opal collabore avec le FC3R pour promouvoir la qualité et la transparence scientifique en soutenant l’initiative des "Short Notes" grâce à un prix dédié : le Short Notes challenge !
Publier tous les résultats : un enjeu éthique et scientifique
Dans son avis n°2026-48, intitulé Utilisation d’animaux à des fins scientifiques : questions éthiques et recommandations, le COMETS du CNRS formule une recommandation explicite :
« Tous les résultats des recherches utilisant des animaux devraient être publiés sur la plateforme « Short Notes » mise en place par le FC3R, y compris lorsqu’ils sont négatifs ou jugés non concluants, de façon à ce que des expériences similaires ne soient pas réitérées inutilement, notamment lorsqu’elles sont vouées à l’échec. »
Cette recommandation souligne un enjeu éthique majeur dans le domaine de l’expérimentation animale : l’absence de diffusion de résultats déjà obtenus n’est pas seulement une perte d’information scientifique, elle peut aussi conduire à répéter des expériences qui auraient pu être évitées. La publication de résultats négatifs, non concluants ou confirmatoires devient ainsi un levier concret d’intégrité scientifique, d’éthique de la recherche et de mise en œuvre des 3R — Remplacer, Réduire, Raffiner.
Au-delà du seul champ de l’expérimentation animale, cet avis met en lumière une question plus générale : que devient l’ensemble des résultats produits par la recherche lorsqu’ils ne trouvent pas leur place dans les formats éditoriaux traditionnels ?
Un angle mort du système éditorial scientifique
Dans les modèles de publication classiques, les articles scientifiques sont le plus souvent structurés autour d’une hypothèse, de l’élucidation d’un mécanisme, d’une preuve de concept ou d’une avancée jugée suffisamment nouvelle. Ce cadre narratif, indispensable à une partie de la littérature scientifique, laisse néanmoins de côté de nombreux résultats méthodologiquement solides : essais infructueux, résultats négatifs ou non concluants, observations confirmatoires, ajustements méthodologiques, données exploratoires ou résultats trop ciblés pour constituer un article complet.
Ces résultats ne sont pas secondaires pour autant. Ils peuvent permettre à d’autres équipes d’éviter des pistes déjà testées, de comparer leurs propres données, d’améliorer un protocole, de confirmer, d’infirmer ou de nuancer des résultats publiés, ou encore de mieux planifier de nouvelles expériences. Lorsqu’ils restent invisibles, ils alimentent ce que Rosenthal a décrit dès 1979 comme l’« effet tiroir » : la tendance à publier majoritairement les résultats jugés positifs, originaux ou attractifs pour la communauté scientifique et les éditeurs en laissant dans les tiroirs une grande partie des résultats produits (Rosenthal, 1979).
Cet effet contribue aux biais de publication et fragilise la reproductibilité des connaissances scientifiques. Il représente également une perte d’efficacité collective et financière, notamment lorsque des résultats déjà obtenus auraient pu éviter la répétition d’expériences, qu’elles impliquent ou non des animaux.
Les Short Notes : un espace éditorial complémentaire
La ligne éditoriale de la plateforme Short Notes du GIS FC3R a été conçue pour répondre à cet angle mort. Elle ne se présente pas comme une revue scientifique supplémentaire dotée d’une ligne éditoriale thématique, ni comme un dispositif concurrent des articles scientifiques ou des prépublications. Elle occupe un espace complémentaire connu mais abandonné : les résultats, qui n’ont pas été inclus dans une publication traditionnelle. Les Short Notes permettent le partage de résultats ciblés, méthodologiquement solides, car évalués par des pairs, qui sont citables et durablement accessibles.
Les Short Notes permettent de publier des résultats positifs, négatifs, non concluants, confirmatoires, méthodologiques ou exploratoires, qu’ils utilisent ou non des animaux ou des produits d’origine animale. Leur objectif n’est pas de produire un récit scientifique extensif, mais de mettre à disposition des faits expérimentaux clairement documentés : pourquoi l’expérience a été menée, comment elle a été réalisée, quels résultats ont été obtenus et dans quelles conditions ils peuvent être interprétés.
Cette approche repose sur une exigence simple : ne pas juger la valeur d’un résultat uniquement à l’aune de sa nouveauté ou de son impact attendu, mais aussi à partir de sa qualité méthodologique, de sa transparence et de son utilité potentielle pour la communauté scientifique.
Un format court, évalué et pérenne
Les Short Notes sont publiées en anglais, afin de consolider les connaissances à l’échelle internationale, dans un format volontairement court, d’environ 2 000 mots, accompagné de deux pages de figures légendées. Les sections Matériel et Méthodes, les métadonnées, ainsi que les annexes peuvent être largement développées afin de permettre une compréhension précise des conditions expérimentales et, lorsque cela est pertinent, la comparaison ou la réplication des travaux.
Chaque manuscrit est évalué par au moins deux experts selon plusieurs critères : clarté du texte, solidité du design expérimental, rigueur du traitement des données, qualité des figures et transparence du rapport expérimental. Le processus d’évaluation ne vise pas à demander de nouvelles expériences mais plutôt à s’assurer que les résultats présentés sont compréhensibles, correctement contextualisés et suffisamment documentés pour être utiles à un large public scientifique.
Les Short Notes validées sont déposées dans l’archive ouverte nationale HAL et associées à un DOI (Digital Object Identifier). Ce double ancrage garantit leur accessibilité durable, leur traçabilité, leur citabilité et leur référencement par les moteurs de recherche et les outils bibliographiques. Le modèle retenu est celui du Diamond Open Access : les Short Notes sont gratuites pour les auteurs comme pour les lecteurs.
Des premiers indicateurs encourageants
Après une phase de mise en place, la plateforme Short Notes franchit aujourd’hui une étape importante. Les premières données de consultation dans HAL montrent qu’un lectorat existe pour ces résultats habituellement peu visibles.
Les sept premières Short Notes publiées depuis 2024 ont été consultées plus de 4 520 fois et téléchargées plus de 1 494 fois sur HAL (au 15 mai 2026). Environ la moitié de l’audience est internationale, avec une part significative des téléchargements (25%) provenant des États-Unis.
Ces chiffres restent modestes au regard des volumes de publication des revues scientifiques classiques, mais ils sont particulièrement significatifs pour des résultats qui, sans ce format, seraient probablement restés absents de la littérature formelle. Ils montrent que ces contenus ne sont pas seulement accessibles : ils sont consultés, téléchargés et potentiellement utilisés par l’ensemble de la communauté scientifique, ce qui est une excellente valorisation pour des résultats qui étaient inaccessibles.
L’analyse des ratios entre consultations et téléchargements apporte un éclairage complémentaire. Selon les Short Notes, entre 26 % et 44 % des visiteurs téléchargent effectivement le document complet au cours de leur consultation. Ce niveau suggère qu’une part importante des lecteurs ne se limite pas à consulter la page descriptive, mais accède au contenu scientifique intégral.
Ces éléments indiquent que le facteur déterminant n’est pas seulement la durée de présence en ligne, mais bien la nature du contenu proposé et son utilité scientifique. Les Short Notes ne sont donc pas uniquement visibles : elles semblent répondre à un besoin réel.

Une dynamique progressive
La dynamique de soumission et d’évaluation confirme également l’installation progressive du format. À ce jour, 10 manuscrits ont été déposés, dont une soumission internationale. Sept Short Notes ont été acceptées, une a été refusée et deux manuscrits sont en cours d’évaluation.
L’enjeu est d’installer durablement un format éditorial de qualité, capable d’accueillir des résultats souvent négligés par les circuits classiques tout en maintenant une exigence d’évaluation, de lisibilité et de transparence pour que les lecteurs trouvent une source de résultats fiables etvalidés
Les Short Notes contribuent ainsi à élargir le périmètre de ce qui peut être publié et valorisé dans la littérature scientifique : non seulement les résultats spectaculaires ou fortement narratifs, mais aussi les observations robustes, les confirmations, les limites, les échecs documentés et les résultats méthodologiques utiles.
Une cohérence avec l’évolution de l’évaluation scientifique
Ce positionnement s’inscrit dans une évolution plus large du paysage scientifique. Les politiques de science ouverte, les recommandations portées par la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (DORA) et la remise en question des approches strictement bibliométriques invitent à ne plus réduire la valeur d’un travail scientifique au prestige éditorial du support dans lequel il est publié.
Dans ce contexte, les Short Notes participent à une diversification voulue des formats de production scientifique. Elles permettent de mieux reconnaître des contributions qui restent souvent peu visibles, notamment les contributions expérimentales, méthodologiques et techniques. Elles offrent aussi un cadre adapté à des résultats issus du travail quotidien des équipes de recherche, des plateformes, des ingénieurs, des techniciens et des chercheurs.
Cette reconnaissance progressive de formats complémentaires est essentielle pour construire une science plus transparente, plus robuste et plus fidèle à la réalité de la production scientifique. Les principaux organismes de recherche français (Inserm, CNRS, INRAE, CEA) ont engagé une évolution de leurs pratiques en matière d’évaluation et promeuvent activement la reconnaissance des Short Notes comme production scientifique à part entière, encourageant ainsi les personnels de recherche à les partager tous leurs résultats.
Vers une reconnaissance à l’international
Pour perdurer, les Short Notes devront bénéficier à la fois d’une audience et d’une reconnaissance à l’internationales. D’une manière importante, les Short Notes sont citées comme des contributions à l’effort de Science Ouverte, au partage des résultats et à la transparence, notamment par l‘« Open Science Toolbox for Animal Research » développé par le Bf3R allemand et par un article d’opinion récent sur l’utilité du préenregistrement (Heinl C et al. 2026).
Enfin, l’action européenne ERA NAMs souligne explicitement l’importance du partage des protocoles et des résultats négatifs dans son groupe de travail dédié à la transparence et à la sensibilisation aux NAMs, ouvrant ainsi la voie à une adoption généralisée des Short Notes par les pays européens.
Pour conclure, à la lumière de l’avis du COMETS, les Short Notes apparaissent ainsi comme un outil concret au service d’une science ouverte plus complète, plus responsable et plus attentive à l’ensemble des résultats produits par la recherche. Rendre visibles ces résultats, ce n’est pas être moins exigeant, c’est reconnaître que la robustesse scientifique se construit aussi par la mise à disposition transparente de ce qui confirme, nuance, limite ou contredit les connaissances établies.
